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De Arthur La Tortue

Comment expliquer l’amour et l’amitié aux enfants de maternelle (3 - 6 ans) ?

Comment parler de l'amour et de l'amitié aux enfants de 3 à 6 ans ?

« Maîtresse, Léo, c’est mon amoureux ! » « Moi, je suis plus ta copine ! » Ces phrases, toutes les personnes qui travaillent en maternelle les ont entendues dans la même matinée. Entre 3 et 6 ans, les enfants parlent d’amour et d’amitié avec leurs propres mots, souvent avec beaucoup d’intensité. Depuis la rentrée 2025, ces sujets ont aussi une place officielle à l’école, dans le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR). Cet article rassemble ce que disent les textes officiels et la recherche, sans rien ajouter qui ne soit pas sourcé, pour aider enseignants et parents à en parler simplement.

Ce que dit le programme officiel EVAR pour la maternelle

Le programme a été fixé par l’arrêté du 3 février 2025 (NOR MENE2503064A), publié au Bulletin officiel n° 6 du 6 février 2025 et applicable depuis la rentrée 2025-2026. Son annexe, intitulée Un programme ambitieux : éduquer à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (ministère de l’Éducation nationale, février 2025), précise qu’à l’école maternelle cette éducation « se développe à partir de la considération du corps, des sentiments et des émotions, du respect de l’intimité et de l’égalité entre les filles et les garçons ».

Le texte demande aussi aux équipes de permettre aux élèves « de s’épanouir dans leurs relations avec les autres, notamment en développant leurs compétences psychosociales ». Il prévoit au moins trois séances par an, conformément à la loi en vigueur depuis 2001 (article L. 312-16 du Code de l’éducation).

Avant 4 ans : dire oui, dire non

Le programme ne parle pas encore d’amitié ni d’amour à cet âge. Il fixe l’objectif suivant : « Apprendre à exprimer son accord ou son refus, apprendre à envisager et à respecter un refus. » Dans la cour, c’est pourtant là que commencent beaucoup de chagrins d’amitié : un enfant qui ne veut pas jouer, qui refuse un bisou ou une main tendue.

À partir de 4 ans : la confiance et la famille

Les objectifs portent sur l’identification d’une « personne de confiance (adulte, enfant) » et sur la découverte des « différentes structures familiales ». L’annexe propose de faire décrire sa famille et son environnement proche, par exemple avec le cahier de vie de l’élève, et de lire des albums sur la question « Qu’est-ce qu’une famille ? ». On remarque que le programme cite aussi un enfant comme possible personne de confiance, ce qui ouvre la porte à une première réflexion sur ce qu’est un ami fiable.

À partir de 5 ans : nommer l’amitié et l’amour

C’est à ce stade que l’amitié et l’amour apparaissent explicitement. Dans l’axe « Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir », l’annexe liste parmi les démarches possibles :

  • « Identifier différents types de sentiments (par exemple, l’amitié, l’amour) » ;
  • « Définir et prendre conscience de ce qu’est l’amitié » ;
  • « Développer des liens sociaux positifs (par exemple, aller vers l’autre, entrer en relation, nouer des amitiés) ».

Le programme évoque aussi des composantes positives de la relation comme la confiance, le respect et l’entraide, travaillées par des jeux de confiance et des jeux coopératifs.

Une nuance mérite d’être signalée. Le programme est organisé par âge (avant 4 ans, à partir de 4 ans, à partir de 5 ans), alors que le document d’information Éduscol Éduquer à la vie affective et relationnelle à l’école maternelle (septembre 2025) le présente par section. Ce dernier rattache à la grande section l’identification de « l’amitié », du « sentiment amoureux » et de l’amour d’un parent pour son enfant. Les deux documents vont dans le même sens, mais leur découpage diffère : mieux vaut s’y référer directement selon l’usage que l’on en fait.

Ce que la recherche dit des amitiés entre 3 et 6 ans

Les amitiés de maternelle ne sont pas anecdotiques. La synthèse « Relations entre pairs » de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants (non datée dans la version consultée) indique qu’à quatre ans au plus tard, la plupart des enfants sont capables d’avoir de meilleurs amis, et qu’ils savent quels camarades ils apprécient ou non. La même synthèse avance qu’entre 5 et 10 % des enfants vivent des difficultés chroniques avec leurs pairs, comme le rejet ou le harcèlement. Source insuffisante pour affirmer que ce pourcentage s’applique spécifiquement aux enfants de 3 à 6 ans : l’extrait consulté ne précise pas la tranche d’âge.

Dans un article de la même encyclopédie, « Relations précoces entre pairs et impacts sur le développement » (avril 2005), Dale F. Hay, de l’université de Cardiff, rappelle que les échanges entre pairs commencent très tôt : vers six mois, des nourrissons communiquent déjà entre eux en souriant, en touchant et en babillant. L’article cite une étude de Woodward et Fergusson (2000) selon laquelle les enfants sans amis en maternelle avaient encore des difficultés avec leurs pairs à 10 ans, et des travaux de Criss et ses collègues (2002) suggérant qu’avoir des amis dans la petite enfance protège contre certains problèmes psychologiques ultérieurs.

L’article apporte aussi des nuances qu’on aurait tort de gommer. Le lien entre agressivité et rejet par les pairs dépend du sexe de l’enfant selon Ostrov et Keating (2004). D’autres travaux (Denham et al., 1990 ; Vitaro et al., 1990) suggèrent que c’est plutôt l’absence de comportements prosociaux qui favorise le rejet, davantage que l’agressivité elle-même. Et dans certains cas, l’agressivité est même associée à une forme de compétence sociale (Vaughn et al., 2003). Les enfants timides, comme ceux qui ont un vocabulaire restreint ou des troubles du développement, rencontrent aussi plus de difficultés à se faire accepter.

Amitié, amour : ce que recommandent les repères internationaux

Les Principes directeurs internationaux sur l’éducation à la sexualité (UNESCO, avec l’ONUSIDA, l’UNFPA, l’UNICEF, ONU Femmes et l’OMS, édition révisée de 2018) consacrent un thème à l’amitié et à l’amour dans le concept clé « Relations ». Pour les 5-8 ans, la version anglaise du document (page 40) retient notamment ces idées : il existe différents types d’amitiés ; les amitiés reposent sur la confiance, le partage, le respect, l’empathie et la solidarité ; les relations impliquent différentes formes d’amour, qui peuvent s’exprimer de nombreuses façons ; il existe des relations saines et des relations malsaines.

Ces repères concernent une tranche d’âge (5-8 ans) qui ne recoupe qu’en partie la maternelle française. Ils éclairent la démarche mais ne remplacent pas le programme national, qui reste la référence pour les écoles.

L’amitié et l’amour, des compétences psychosociales

Le programme EVAR précise que « les compétences psychosociales (CPS) constituent une des composantes du programme ». Le référentiel de Santé publique France Les compétences psychosociales : un référentiel pour un déploiement auprès des enfants et des jeunes (Lamboy et al., 2022) en décrit 9 générales et 21 spécifiques, réparties en compétences cognitives, émotionnelles et sociales. Parmi les compétences sociales figurent le fait de communiquer de façon constructive et de développer des relations constructives. Le référentiel insiste sur l’intérêt d’agir tôt, sans toutefois détailler, dans la page de présentation consultée, de contenus propres aux 3-6 ans.

Comment en parler en classe ou à la maison

Partir de ce que vivent les enfants

L’annexe du programme indique que l’équipe éducative « peut s’appuyer sur le quotidien de la classe et sur les activités qu’ils ont l’habitude de mener ». Une dispute au coin poupées, une déclaration d’amour au portemanteau, un enfant seul pendant la récréation : chacune de ces situations peut devenir un point de départ, à condition de ne pas exposer l’enfant concerné devant le groupe.

Distinguer amitié et amour avec des mots simples

En s’appuyant sur les objectifs officiels, on peut poser des questions ouvertes : « C’est quoi, un ami ? », « Qu’est-ce qu’on fait avec un ami ? », « Est-ce qu’on aime ses parents de la même façon qu’on aime un copain ? ». Les repères de l’UNESCO rappellent que l’amour prend différentes formes et s’exprime de différentes manières. L’objectif n’est pas de donner une définition définitive, mais d’aider l’enfant à mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Relier la relation à la confiance et au consentement

Un ami, c’est aussi quelqu’un qui respecte un « non ». Ce lien entre affection et respect du refus est au cœur des objectifs de maternelle dès avant 4 ans. Les jeux de confiance et les jeux coopératifs cités par le programme permettent de vivre concrètement l’entraide, plutôt que de seulement en parler.

Lire des albums jeunesse

Le programme et les documents Éduscol placent les albums au centre des démarches en maternelle. Choisir un album sur l’amitié, une brouille ou les différentes façons d’aimer permet de parler d’un personnage plutôt que de soi, ce qui protège l’intimité de chacun.

Répondre aux questions sans entrer dans la vie privée

Les Repères pour la mise en œuvre du programme d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) publiés sur Éduscol demandent une posture « ouverte, neutre et bienveillante, sans jugement ». Le document précise que « toutes les questions posées par les élèves doivent susciter une réponse adaptée à leur niveau de maturité ». En cas de doute, l’adulte peut différer sa réponse. Les échanges doivent rester dans ce qui peut être partagé publiquement, « sans entrer dans le champ de la vie privée ou de l’expérience personnelle ».

Les « amoureux » de la cour de récréation : ce que les sources ne disent pas

Beaucoup d’adultes se demandent ce que signifie, pour un enfant de 4 ou 5 ans, le fait d’avoir « un amoureux » ou « une amoureuse ». Les documents officiels consultés évoquent le « sentiment amoureux » comme un sentiment à identifier en grande section, sans en donner d’analyse développementale. Source insuffisante pour affirmer ce que recouvre exactement ce sentiment chez le jeune enfant, ni à quel âge il apparaît. Il est préférable de l’accueillir comme un sentiment parmi d’autres, sans moquerie ni projection d’adulte, et de se référer à un professionnel de l’enfance en cas de question précise.

Ce que les parents doivent savoir

La foire aux questions EVAR et EVARS publiée sur Éduscol indique que « les parents d’élèves sont informés des objectifs d’apprentissage annuels », selon des modalités choisies par chaque école. Elle précise aussi que la participation aux séances est obligatoire et ne nécessite pas l’accord parental. Le document Éduscol consacré à la maternelle (septembre 2025) rappelle que « la sexualité n’est pas abordée avant le collège ».

Les Repères Éduscol rappellent enfin que si un enfant évoque une violence subie, sa parole doit être accueillie sans jugement, et que toute situation de danger fait l’objet d’un signalement au procureur de la République ou d’une information préoccupante à la cellule départementale (CRIP).

Questions fréquentes

À quel âge parler d’amitié et d’amour en maternelle ?

Le programme EVAR place l’identification de « différents types de sentiments (par exemple, l’amitié, l’amour) » à partir de 5 ans. Avant, le travail porte sur l’accord, le refus, la confiance et la famille, qui préparent ces notions.

L’EVAR en maternelle parle-t-elle de sexualité ?

Non. Le document Éduscol de septembre 2025 sur la maternelle indique que la sexualité n’est pas abordée avant le collège. En maternelle, on parle de vie affective et relationnelle.

Combien de séances d’EVAR par an en maternelle ?

Au moins trois séances par an, conformément à la loi en vigueur depuis 2001 et au programme publié au Bulletin officiel du 6 février 2025.

Les amitiés de maternelle comptent-elles vraiment ?

Selon l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, la plupart des enfants peuvent avoir un meilleur ami à quatre ans au plus tard, et les travaux cités par Dale F. Hay (2005) suggèrent qu’avoir des amis tôt protège contre certaines difficultés ultérieures.

L’essentiel à retenir

Parler d’amour et d’amitié en maternelle n’a rien d’un cours théorique. Le programme EVAR de 2025 demande d’abord d’apprendre à dire oui ou non et à respecter le refus de l’autre, puis de reconnaître les personnes de confiance, et enfin, vers 5 ans, de nommer l’amitié et l’amour comme des sentiments différents. La recherche confirme que les amitiés comptent dès cet âge, avec des nuances selon les enfants. Sur la question des « amoureux » de la cour, les sources restent muettes, et c’est très bien de le reconnaître. Pour aller plus loin, l’axe Rencontrer les autres et construire des relations d’Arthur la tortue propose des supports gratuits, à compléter avec nos articles sur les émotions, le consentement et la confiance.

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