· De Arthur La Tortue
Adultes de confiance et réseau de sécurité : séance de l'école Sacré-Cœur de Marigné-Peuton
Ce n'était pas une séance planifiée de longue date avec un dossier préparé et des fiches photocopiées. C'est une de ces séances qui arrive au bon moment, portée par ce qu'on sent dans la classe : une atmosphère, une question glissée par un enfant, une illustration qui tombe à pic. C'est souvent comme ça que les meilleures choses se passent.
Ce jour-là, on a parlé des adultes de confiance. Et des personnes autour de soi avec qui on se sent bien.
Le point de départ : « Citez quelqu'un avec qui vous vous sentez bien »
Pour lancer la séance, la maîtresse a posé une question simple, assise en regroupement avec les enfants :
« Est-ce qu'il y a des gens autour de toi avec qui tu te sens vraiment bien ? Qui te font te sentir en sécurité ? »
Les réponses ont fusé. Chaque enfant avait sa réponse à lui, unique, concrète, ancrée dans sa vie. La mamie qui fait des crêpes le dimanche. Le grand frère. La voisine du dessous. La dame de la cantine. Un enfant a cité son chien, ce qui a beaucoup fait rire, et on a parlé du fait que les animaux comptent aussi, mais que pour certaines choses, on a besoin d'un être humain qui peut nous répondre et nous aider vraiment.
Ce petit exercice oral a permis quelque chose d'important : les enfants ont pris conscience qu'ils ont des personnes autour d'eux. Qu'ils ne sont pas seuls. Que leur entourage est une ressource.
Ce qui a bien fonctionné : Laisser chaque enfant nommer librement, sans corriger ni orienter. Ce sont leurs personnes, pas les nôtres. Un adulte de confiance, ça se choisit, ça ne s'impose pas. Valider toutes les réponses avec la même attention a montré aux enfants que leur ressenti comptait.
Construire le réseau de sécurité ensemble
À partir de leurs réponses, la maîtresse a commencé à construire ce qu'on appelle un réseau de sécurité : la liste des adultes à qui un enfant peut aller parler, quel que soit le moment, quel que soit le problème.
Ils ont dessiné ensemble : une petite silhouette au centre (l'enfant) entourée de plusieurs visages. Les enfants ont colorié, certains ont tracé des noms en lettres maladroites. D'autres ont juste pointé du doigt les visages et dit « ça c'est ma maîtresse, ça c'est ma maman, ça c'est mon papy ».
Ce qui l'a frappée, c'est à quel point cette représentation visuelle a ancré la chose. Voir son réseau de sécurité dessiné sur une feuille, c'est le rendre réel. Tangible.
L'illustration d'Arthur qui est tombée à pic
C'est là qu'on a montré l'illustration d'Arthur la tortue. Cettene illustration est arrivée exactement au bon moment : on y voit Arthur qui parle à un adulte. Pas n'importe lequel : la psychologue de l'école avec un bobo sur le cœur.
La maîtresse a essayé d'expliquer ce qu'était une psychologue scolaire. Son rôle, pourquoi elle est là, ce qu'elle fait avec les enfants. Mais les enfants étaient trop jeunes pour s'accrocher à ce mot. Ils ne retenaient pas « psychologue ». Et c'est tout à fait normal : à 4 ans, ce concept reste abstrait.
Alors la maîtresse a rendu les choses plus simples :
« C'est une adulte de confiance. Elle travaille à l'école. Son métier, c'est d'écouter les enfants quand ils ont quelque chose sur le cœur. Elle ne juge pas. Elle aide. »
Là, ils ont compris. Immédiatement. Parce qu'ils connaissent déjà ce sentiment : avoir quelque chose sur le cœur et ne pas savoir à qui le dire. Et là, Arthur leur montrait qu'il y avait quelqu'un à qui le dire.
Ce que ça a ouvert : Plusieurs enfants ont demandé si eux aussi pouvaient parler à « la dame qui écoute » à l'école. La psychologue scolaire est devenue, en quelques minutes, une personne réelle et accessible dans leur esprit : pas un titre, pas une fonction administrative. Une adulte de confiance.
Tous les adultes ne méritent pas la même confiance, et on peut le dire tôt
La deuxième partie de la séance était plus délicate. Parce qu'ils devaient aborder quelque chose de fondamental : tous les adultes ne méritent pas la même confiance. Et il faut le dire tôt.
Les enfants de cet âge font naturellement confiance aux adultes. C'est normal, c'est même nécessaire à leur développement. Mais cette confiance sans filtre peut aussi les rendre vulnérables. Alors on en a parlé, doucement, sans dramatiser, sans images effrayantes.
Des choses qui ne se font pas, même chez les adultes
Ils ont listé ensemble, à l'oral, des comportements qui ne sont pas acceptables, même quand c'est un adulte, même quand c'est quelqu'un qu'on connaît :
- Un adulte ne te demande pas de garder un secret sur quelque chose qui t'a mis mal à l'aise.
- Les parties intimes de ton corps, personne n'a le droit d'y toucher, sauf pour te laver ou te soigner.
- Si un adulte te fait peur ou te met dans un état bizarre, tu peux le dire à un autre adulte de confiance.
- Si ton ventre te dit que quelque chose ne va pas, écoute-le. Ce ressenti compte.
Les enfants ont écouté très attentivement. Pas d'agitation, pas de blague. Ils sentaient que c'était sérieux, mais pas effrayant : on leur donnait des outils, pas juste des alertes.
Un enfant a dit :« Mais si c'est un adulte méchant, on peut aller voir un autre adulte de confiance ? »Exactement. C'est précisément ça.
Le poster du 119 affiché dans la classe
Avant la séance, la maîtresse a affiché un poster avec le numéro 119 bien visible dans la classe. Le 119 « Allô Enfance en Danger » est le numéro national gratuit, disponible 24h/24, pour les enfants en danger ou les adultes qui s'inquiètent pour un enfant.
Les enfants ne savent pas lire. Alors le poster en lui-même ne dit rien à leurs yeux, pas encore. Mais il est là, il est visible. Et en séance, on l'a regardé ensemble.
Même sans savoir lire, on peut retenir
La maîtresse a écrit les trois chiffres au tableau, lentement. Un. Un. Neuf. Ils les ont répétés ensemble. Et là, quelque chose d'inattendu s'est passé : plusieurs enfants ont dit « je connais les chiffres ! » et certains ont montré qu'ils savaient les taper sur un téléphone imaginaire.
Ce n'est pas anodin. À 4 ou 5 ans, certains enfants ont déjà manipulé un téléphone. Ils connaissent les chiffres même s'ils ne les lisent pas dans un texte. Le 119, c'est court. C'est mémorisable. Et ça peut compter vraiment.
Pourquoi afficher le 119 en classe : Ce n'est pas pour installer de l'angoisse. C'est pour normaliser l'existence de cette ressource. Comme on montre le 15 ou le 18 à la maison : on espère ne jamais en avoir besoin, mais on sait que c'est là. Le poster en classe, c'est un signal discret qui dit qu'il existe des gens dont le métier est de protéger les enfants.
Quand on a le cœur gros, on peut le dire
Pour terminer la séance, ils sont revenu à quelque chose de simple et de doux. Ils ont reparlé des adultes de confiance non pas comme d'une protection contre un danger, mais comme d'une présence chaleureuse.
Parce que le cœur gros, ce n'est pas forcément quelque chose de grave. Parfois c'est juste une dispute avec un copain. Une peur du noir. Un rêve triste. Une journée où tout va de travers. Et ces adultes de confiance, la maîtresse, le papa, la mamie, la psychologue de l'école, sont là pour ça aussi.
« Un adulte de confiance, c'est quelqu'un qui écoute sans gronder. Qui prend au sérieux ce que tu ressens. Qui dit : tu as bien fait de me le dire. »
Les enfants ont chacun pu citer une personne de leur réseau de sécurité à qui ils iraient parler s'ils avaient le cœur gros. Certains ont nommé la maîtresse. D'autres, leur maman. Un petit garçon a dit « je sais pas encore, mais maintenant je vais chercher ».
C'était la meilleure réponse possible.
Ce que cette séance a confirmé
L'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) n'est pas réservée aux grands. Le programme de l'école maternelle place l'épanouissement de l'enfant et la connaissance de soi au cœur des apprentissages dès la petite section. Les enfants de 3 à 6 ans sont tout à fait capables de comprendre ces notions, à condition de partir de leur vécu, de leur langage, de leurs ressentis.
Ce que cette séance a confirmé, c'est qu'on n'a pas besoin de grands mots. On a besoin de temps, d'écoute, et d'une image d'Arthur qui tombe au bon moment.
L'illustration qui a retenu leur attention
Sur cette image, on voit Aliénor qui arrive chez le psychologue avec le cœur gros. Son cœur semble un peu fissuré, avec de petits pansements, comme s’il avait des bobos invisibles. Ce ne sont pas des blessures du corps, mais des bobos affectifs. Aliénor ne va pas très bien à l’intérieur d’elle. Elle a des émotions difficiles qu’elle ne comprend pas toujours. Le psychologue est un adulte de confiance : un adulte à qui on peut parler quand on se sent triste, inquiet ou perdu.
FAQ
-
Le plus simple est de partir de ce que l'enfant ressent, pas de ce que l'adulte représente. Plutôt que de définir un "adulte de confiance" avec une formule abstraite, l'enseignante peut poser la question : "Est-ce qu'il y a des gens autour de toi avec qui tu te sens vraiment bien ?" Les réponses arrivent vite et elles sont concrètes : la mamie, le grand frère, la dame de la cantine. C'est à partir de ces réponses-là, celles des enfants, que le concept prend forme. L'illustration d'Arthur la tortue montrant le personnage d'Aliénor qui parle à une adulte quand elle a le cœur gros permet ensuite de donner une image à cette idée sans l'intellectualiser.
-
Un réseau de sécurité, c'est la liste concrète des adultes à qui un enfant peut aller parler, quelle que soit la situation. En maternelle, on le construit visuellement : une petite silhouette au centre de la feuille qui représente l'enfant, entourée de plusieurs visages qu'il dessine ou colorie lui-même. Ce n'est pas l'enseignante qui décide qui figure dans le réseau : ce sont les enfants. Certains mettent leurs parents, d'autres une voisine, leur papy ou la maîtresse. Cette représentation visuelle rend la chose réelle et tangible, bien plus qu'une liste dictée à l'oral. Les kits pédagogiques qui incluent ce type de support graphique facilitent beaucoup cette étape, en donnant un cadre sans imposer le contenu.
-
La clé, c'est de normaliser l'existence de ce numéro plutôt que de le présenter comme une alarme d'urgence. On explique que le 119 (Allô Enfance en Danger) existe comme le 15 ou le 18 : on espère ne jamais en avoir besoin, mais c'est utile de savoir que ça existe. En affiché le poster en classe, en écrivant les trois chiffres au tableau lentement, en les répétant ensemble, les enfants mémorisent très bien. Beaucoup savent déjà utiliser un téléphone et reconnaissent les chiffres. Ce que la séance montre, c'est que 4-5 ans, ce n'est pas trop tôt pour que ce numéro devienne un repère, à condition de le présenter comme une ressource et non comme un avertissement.
-
C'est la partie la plus délicate de cette séance, et aussi la plus importante. Les jeunes enfants font naturellement confiance aux adultes, ce qui est normal à leur âge, mais qui peut aussi les rendre vulnérables. On peut aborder cette nuance sans dramatiser en listant ensemble des comportements qui ne sont pas acceptables, même venant d'un adulte connu : demander de garder un secret sur quelque chose qui met mal à l'aise, toucher les parties intimes sans raison médicale, créer un sentiment de peur ou de malaise. Formulé comme ça, comme des règles claires, les enfants entendent et retiennent. Un enfant de cette séance a résumé parfaitement : "Si c'est un adulte méchant, on peut aller voir un autre adulte de confiance ?" Oui, exactement.
-
Le mot ne passe pas à cet âge, et c'est normal. Ce qui fonctionne, c'est de le contourner complètement pour aller directement à la fonction : "C'est une adulte de confiance. Son métier, c'est d'écouter les enfants quand ils ont quelque chose sur le cœur. Elle ne juge pas. Elle aide." Avec cette reformulation, les enfants comprennent immédiatement, parce qu'ils connaissent déjà le sentiment d'avoir quelque chose sur le cœur sans savoir à qui le dire. L'illustration d'Arthur la tortue représentant Aliénor avec un cœur un peu fissuré qui arrive chez la psychologue a beaucoup aidé dans cette séance : elle rend visible ce que les mots ne disent pas encore bien.
-
La distinction entre bon secret et mauvais secret est l'une des notions les plus utiles à poser tôt. Un bon secret, c'est une surprise d'anniversaire. Un mauvais secret, c'est quand un adulte demande à un enfant de ne rien dire sur quelque chose qui l'a mis mal à l'aise. La formulation qui fonctionne le mieux en séance est simple et directe : "Un adulte de confiance ne te demande jamais de garder un secret sur quelque chose qui t'a fait te sentir bizarre." Ce n'est pas effrayant, c'est une règle, comme les autres. Les séances EVAR construites autour de cette thématique, notamment dans les kits dédiés à "trouver sa place dans la société", donnent des repères progressifs pour aborder ce sujet sans le dramatiser.
-
Oui, et la séance décrite ici en est la preuve. Elle est née d'une atmosphère dans la classe, d'une question glissée par un enfant, d'une illustration qui est tombée au bon moment. Ce type de séance fonctionne parce que le sujet est ancré dans le vécu immédiat des enfants : il n'a pas besoin d'être introduit par un long rituel préalable. Une question ouverte suffit à démarrer : "Avec qui te sens-tu vraiment bien ?" Ce qui aide, c'est d'avoir sous la main un support visuel adapté à l'âge. C'est là que les kits clés en main prennent tout leur intérêt : ils permettent d'improviser dans le bon sens du terme, c'est-à-dire de saisir le bon moment sans repartir de zéro.
-
En revenant à ce qui est doux et concret : les adultes de confiance ne sont pas seulement là pour les situations graves. Ils sont là aussi pour le cœur gros d'une dispute avec un copain, pour une peur du noir, pour une journée où tout va de travers. Finir la séance en demandant à chaque enfant de nommer une personne de son réseau à qui il irait parler s'il avait le cœur gros permet de clore sur quelque chose de chaud et de personnel. Certains citent la maîtresse, d'autres leur maman. Un enfant de cette séance a dit : "Je sais pas encore, mais maintenant je vais chercher." C'était, comme le note l'enseignante, la meilleure réponse possible. L'univers d'Arthur la tortue aide beaucoup à maintenir ce ton rassurant jusqu'à la fin, parce que ses personnages vivent des émotions vraies sans que les situations ne deviennent jamais écrasantes.