Des sessions EVAR clés en main, pour aborder des sujets sensibles avec justesse et cadre.

De Arthur La Tortue

Reconnaître la violence qu’il est important de partager avec une personne de confiance : une séance en MS à l’école St Jeanne d'Arc d'Evaux-les bains

Pourquoi parler de violence dès la maternelle ?

La violence, on voudrait souvent la tenir loin des enfants. La protéger, la taire, la minimiser. Pourtant, les petits de 4-5 ans la vivent déjà : dans la cour, dans les couloirs, à la cantine. Parfois sans même avoir les mots pour la nommer.

C'est précisément pour ça que l'Éducation à la Vie Affective et Relationnelle (EVAR) existe.

Ce que disent les programmes officiels

L'enseignement de l'EVAR en France est obligatoire depuis la loi du 11 juillet 2001, renforcé par la circulaire n°2022-068 du 25 avril 2022 publiée au Bulletin Officiel de l'Éducation Nationale. Celle-ci prévoit 3 séances annuelles minimum par classe et par cycle, y compris en cycle 1 (maternelle).

Les attendus de fin de grande section (BO spécial n°2 du 26 mars 2015, programme de l'école maternelle) précisent que l'enfant doit progressivement :

  • Identifier et exprimer ses émotions
  • Comprendre les règles de vie collective
  • Reconnaître les situations qui nécessitent l'aide d'un adulte

👉 Lien officiel : Éduscol — EVAR cycle 1

La violence, un mot que les enfants connaissent… à leur façon

Quand on pose la question à des enfants de moyenne section, les réponses sont souvent surprenantes.

"C'est quand ça fait mal." "C'est quand quelqu'un est méchant sans arrêter." "C'est quand tu pousses et l'autre il pleure."

Ces définitions enfantines sont, au fond, justes. Et elles nous rappellent que les enfants ont déjà une intuition de ce qui est juste ou non. Notre rôle est de leur donner les outils pour nommer, comprendre et agir.

Ce qui s'est passé à la cantine : l'incident déclencheur

Tout a commencé par une pomme.

Une pomme, une dispute, et un enseignement inattendu

Ce jour-là, à l'heure du déjeuner, deux enfants de moyenne section se sont retrouvés au cœur d'une tension. Tom avait mangé la pomme de Léa, sans lui demander. Léa a réagi vivement. Des voix se sont élevées. Des gestes sont apparus.

La situation semblait banale. Une histoire de collation, une mauvaise humeur, un quiproquo de 4 ans.

Pourtant, la cantinière a fait quelque chose d'essentiel : elle n'a pas minimisé. Elle a séparé les enfants, assuré la sécurité immédiate, puis prévenu l'enseignante dès la fin du repas.

La cantinière, premier maillon de la chaîne de confiance

Ce geste, alerter l'enseignante, n'est pas anodin. Il illustre exactement ce que l'EVAR cherche à construire chez les enfants : la confiance en les adultes qui nous entourent.

La cantinière n'a pas dit "c'est pas grave". Elle a dit "j'ai vu quelque chose, j'en parle à quelqu'un qui peut aider". C'est exactement le comportement que nous voulons transmettre à nos élèves.

L'enseignante a saisi l'opportunité au bond.

"Quand une situation se présente d'elle-même, elle a une puissance pédagogique que rien ne peut remplacer. Les enfants étaient encore dans l'émotion. C'était le bon moment."

La séance EVAR d'urgence : comment distinguer violence et jeu ?

L'après-midi, la classe s'est retrouvée en cercle. Pas pour un jugement, pas pour une punition. Pour comprendre ensemble.

L'illustration qui dit tout : Arthur et Anh à la cantine

Le kit Arthur la Tortue comprend des illustrations conçues pour amorcer exactement ce type de conversation. Et ce jour-là, une image est tombée à pic.

Sur cette illustration, on voit Arthur et Anh qui se battent sur une table à la cantine. Ils se poussent et se bousculent. La nourriture est éclaboussée partout. Autour d'eux : du désordre, de la saleté, de la confusion. Les autres enfants semblent surpris, dérangés et certains ont l'air d'avoir peur.

L'image est simple. Directe. Et terriblement parlante pour des enfants de 4-5 ans.

"C'est comme Tom et Léa !" a dit un élève d'emblée.

Bingo. Le pont entre fiction et réalité était posé sans désigner personne, sans honte, sans culpabilité.

👉 Pour découvrir toutes les illustrations du kit Arthur la Tortue : Voir le kit complet

Les questions posées aux enfants et leurs réponses vraies

L'enseignante a guidé la discussion avec une série de questions ouvertes. Voici ce que les enfants ont répondu.

« Est-ce que se battre peut faire mal ? »

"Oui, j'ai eu mal une fois dans la cour." "Ça saigne des fois." "Ma sœur elle a pleuré quand je lui ai tapé et j'étais triste après."

« Est-ce que ça ressemble à un jeu ou à quelque chose de dangereux ? »

"Dans les jeux, les deux ils veulent jouer. Là, Anh il voulait pas." "C'est pas un jeu parce qu'ils sont en colère pour de vrai." "Dans un vrai jeu, on rigole. Là, ils font une tête toute rouge."

« Est-ce que ces gestes peuvent blesser d'autres enfants ? »

"Oui, si la nourriture tombe sur quelqu'un." "Et si quelqu'un tombe de sa chaise." "Moi j'aurais eu peur si j'étais à côté."

« Est-ce qu'on a le droit de se battre ? »

"Non." (en chœur, presque unanime) "Des fois je sais plus quoi faire alors je frappe." (réponse très honnête, accueillie avec douceur) "À la maison mon frère il dit que si on te frappe t'as le droit de frapper. Mais la maîtresse elle dit non."

« Pourquoi cela crée du désordre et de la confusion ? »

"Parce que tout le monde il regarde plus son assiette." "Parce que la nourriture elle est partout." "Et après on sait plus qui a raison."

« Que peut-on faire quand quelqu'un se bat ? »

"On appelle la maîtresse." "On dit stop." "On dit à la dame de la cantine." "On peut pas tout seul arrêter quelqu'un qui est vraiment en colère."

« Est-ce qu'un adulte peut aider à arrêter la situation ? »

"Oui ! La dame de la cantine elle a tout de suite séparé." "La maîtresse c'est fait pour ça." "Mon papa il dit qu'on doit toujours dire à un adulte."

Ces échanges, bruts et spontanés, illustrent quelque chose de précieux : les enfants ont déjà les réponses en eux. La séance EVAR ne les endoctrine pas. Elle leur donne un espace pour verbaliser ce qu'ils ressentent et pensent déjà.

La phrase-clef que les enfants ont répétée ensemble

À la fin des échanges, l'enseignante a proposé une phrase simple, forte, mémorisable.

« Se battre n'est pas un jeu. »

Elle l'a dit une fois. Puis les enfants l'ont répétée. Ensemble. Trois fois.

"Se battre n'est pas un jeu." "Se battre n'est pas un jeu." "Se battre n'est pas un jeu."

Cette ritualisation par la répétition n'est pas anodine. En maternelle, l'ancrage par la voix collective est l'un des outils les plus puissants pour consolider un apprentissage émotionnel.

Appréhender le danger : comment les enfants apprennent à protéger les autres (et eux-mêmes)

La notion de violence est indissociable de celle de danger. Et appréhender le danger, c'est une compétence qui s'enseigne.

Identifier les gestes qui font mal

Les enfants de maternelle ne distinguent pas toujours bien l'intentionnel de l'accidentel. La séance EVAR permet de poser des bases claires :

  • Un geste fait mal → même si ce n'était pas voulu, on en parle.
  • Un geste est répété → c'est un signe que quelque chose ne va pas.
  • Un geste fait peur → ma peur est un signal important à écouter.

Ce travail sur la lecture des signaux corporels et émotionnels est au cœur du socle EVAR du cycle 1. Il prépare les enfants à identifier, plus tard, des situations bien plus complexes.

👉 Lien interne : Comprendre les émotions avec Arthur la Tortue

Comprendre qu'un adulte de confiance peut aider

La cantinière. L'enseignante. L'ATSEM. Le parent. Le directeur.

Ces adultes forment un réseau de sécurité autour de l'enfant. L'EVAR a pour objectif de rendre ce réseau visible et nommé pour l'enfant. Pas abstrait. Pas générique. Concret, humain, accessible.

Les enfants l'ont dit eux-mêmes :

"La dame de la cantine elle a tout de suite séparé."

C'est peut-être la réponse la plus précieuse de toute la séance. Un enfant de 5 ans qui comprend que l'adulte proche peut intervenir est un enfant qui saura dire à qui parler en cas de danger réel.

Le memory des situations de violence : ancrer par le jeu

Après la discussion, la classe a passé à la phase de consolidation : le jeu de memory inclus dans le kit Arthur la Tortue.

Ce memory présente des paires d'images illustrant des situations de la cantine : des gestes doux, des gestes violents, des situations ambiguës. Les enfants doivent retrouver les paires, mais aussi nommer ce qu'ils voient et dire si la situation est "douce" ou "dangereuse".

Ce dispositif ludique remplit trois fonctions pédagogiques essentielles :

  1. Mémoriser les images associées à la violence (ancrage visuel)
  2. Verbaliser les situations sans charge émotionnelle excessive (le jeu crée une distance sécurisante)
  3. Distinguer rapidement et intuitivement un geste bienveillant d'un geste violent
Illustration Arthur la tortue - Se battre n’est pas un jeu.

L'illustration qui a retenu leur attention

Sur cette image, on voit Arthur et Anh qui se battent sur une table à la cantine. Ils se poussent et se bousculent, et la nourriture est éclaboussée partout. Cette situation crée beaucoup de désordre, de la saleté et de la confusion autour d’eux. Les autres enfants peuvent être surpris, dérangés ou même avoir peur. Se battre n’est pas un jeu. Cela peut faire mal et empêcher les autres de manger tranquillement.

Illustration Arthur la tortue - Identification des comportements agressifs physiques

Vous souhaitez mener cette séance dans votre classe ?

FAQ

Questions fréquentes sur l'apprentissage du "se battre n'est pas un jeu" en maternelle
  • Dès la moyenne section, soit vers 4-5 ans. À cet âge, les enfants vivent déjà des situations de tension dans la cour, à la cantine, dans les couloirs, et ils ont souvent une intuition assez juste de ce qui est juste ou non. Quand on leur pose la question "est-ce que se battre ressemble à un jeu ou à quelque chose de dangereux ?", leurs réponses sont étonnamment précises : "dans un vrai jeu, on rigole, là ils font une tête toute rouge." Le rôle de la séance EVAR n'est pas d'apporter des réponses toutes faites, mais de créer un espace où ces intuitions peuvent être dites à voix haute et consolidées. Les illustrations du kit Arthur la tortue sont conçues pour déclencher exactement ce type d'échange, sans forcer ni dramatiser.

  • La séance la plus utile n'est pas toujours celle planifiée de longue date. Quand un incident se produit, les enfants sont encore dans l'émotion, ce qui est pédagogiquement précieux : ils n'ont pas besoin qu'on leur explique pourquoi le sujet compte. Dans cette séance, une dispute à la cantine autour d'une pomme a servi de point de départ. L'enseignante a réuni les enfants en cercle l'après-même après-midi, pas pour juger, mais pour comprendre ensemble. L'illustration du kit Arthur la tortue montrant deux personnages qui se poussent à la cantine a permis de créer un pont entre la fiction et la réalité sans désigner personne directement, ce qui protège les enfants impliqués tout en permettant à toute la classe d'apprendre.

  • C'est l'une des questions les plus utiles à poser aux enfants eux-mêmes, parce qu'ils savent souvent y répondre. Dans un jeu, les deux veulent jouer. Dans une bagarre, l'un des deux ne voulait pas. Dans un jeu, on rigole. Dans une bagarre, il y a une vraie colère. Ces distinctions, les enfants de MS les formulent spontanément quand on leur en donne l'occasion. Ce travail de différenciation est au cœur des séances EVAR en cycle 1 : il entraîne les enfants à lire les signaux émotionnels et corporels des autres, une compétence qui servira bien au-delà de la maternelle.

  • Parce qu'en maternelle, l'ancrage par la voix collective est l'un des outils les plus efficaces pour consolider un apprentissage émotionnel. Une phrase courte, répétée trois fois ensemble, s'inscrit différemment dans la mémoire qu'une règle expliquée à l'oral une seule fois. "Se battre n'est pas un jeu" est le type de formulation qui peut ressurgir dans la cour, à la maison, dans la bouche d'un enfant qui voit une situation tendue. Ce n'est pas du conditionnement : c'est donner à des enfants de 4-5 ans un repère verbal immédiatement mobilisable, dans le même esprit que les phrases-clés intégrées aux kits clés en main du programme EVAR.

  • Un rôle de premier maillon, souvent sous-estimé. Dans cette séance, c'est la cantinière qui a vu la situation, séparé les enfants et prévenu l'enseignante. Ce geste simple illustre exactement ce que l'EVAR cherche à construire chez les enfants : la confiance en les adultes qui les entourent. La cantinière n'a pas dit "c'est pas grave". Elle a dit "j'ai vu quelque chose, j'en parle à quelqu'un qui peut aider". C'est le comportement qu'on veut transmettre aux élèves. Et le fait que les enfants l'aient nommé spontanément dans les échanges ("la dame de la cantine elle a tout de suite séparé") montre qu'ils ont parfaitement compris qui fait partie de leur réseau de sécurité.

  • Le jeu de memory crée une distance émotionnelle que la discussion seule ne permet pas toujours. Quand un enfant regarde une image et dit "ça c'est doux" ou "ça c'est dangereux", il le fait dans le cadre sécurisant du jeu, sans avoir à parler de lui directement. Ce dispositif remplit trois fonctions : mémoriser les situations associées à la violence, les verbaliser sans charge émotionnelle excessive, et entraîner une lecture rapide et intuitive des gestes. Le memory inclus dans le kit Arthur la tortue présente des scènes de cantine avec des situations variées, ce qui permet aux enfants de distinguer un geste bienveillant d'un geste violent de manière concrète et sans abstraction.

  • Le cadre de la séance est déterminant. On ne parle pas de violence de manière générale ni avec des images effrayantes : on part d'une situation ordinaire que les enfants connaissent, comme une dispute à la cantine, et on la travaille avec des questions ouvertes et une illustration lisible. La fiction joue un rôle protecteur ici : quand on observe Arthur et Anh qui se bousculent sur un dessin, on réfléchit ensemble sans que personne ne soit exposé ou montré du doigt. Du côté des parents, cette approche ancrée dans le vécu scolaire et portée par un programme officiel comme l'EVAR (obligatoire depuis 2001 et renforcé en 2022) est généralement bien reçue, d'autant plus quand elle s'appuie sur des supports pédagogiques clairs et bienveillants.

  • C'est une des réponses les plus précieuses qu'un enfant puisse donner, et elle mérite d'être accueillie avec la même douceur que les autres. Elle dit quelque chose de vrai : la violence, chez les jeunes enfants, est souvent une réponse à une saturation émotionnelle, pas à une intention de nuire. La séance EVAR ne cherche pas à culpabiliser, mais à ouvrir des alternatives : dire stop, s'éloigner, appeler un adulte. Ces ressources ne remplacent pas immédiatement le réflexe de frapper, mais elles commencent à exister dans le vocabulaire de l'enfant. C'est un travail de longue haleine, et c'est précisément pour ça que le programme EVAR prévoit plusieurs séances par an, avec des kits qui permettent de revenir sur ces notions sous des angles différents tout au long de l'année.